Balises numériques 32Ko
un projet de Catherine Rannou

production du Festival @rt Outsiders / Maison Européenne de la Photographie, Paris, 2009
en collaboration avec le Centre d'art contemporain Passerelle, Brest.

 
 

09/02/17-TU05H00 - CR - histoires habitées

Ce texte s'était perdu dans mon disque dur, je viens de le retrouver par magie à l'instant :

"Je loue depuis plusieurs semaines une chambre dans une maison en périphérie de Hobart (Tasmanie) plus précisément à Kingston. Maison récente, en fausse brique et structure bois, construite sur un terrain en pente, de plain pied d’un côté, et sur garage de l’autre. La maison est tiraillée entre la vue sur la mer, ce qui est courant sur cette île, plein sud, et le soleil plein nord. Ma chambre est orientée plein nord, et donc assez chaude. La structure craque régulièrement sous la toiture en tôle.

Le plan est conçu, autour d’un noyau dur qui est la salle de bain et les rangements. Les autres pièces s’enroulent autour et s’ouvrent généreusement vers l’extérieur

Cette maison est habitée par une femme seule d’une cinquantaine d’année, bouddhiste, végétarienne, masseuse, herbo-thérapeute, ex coiffeuse et mère de trois enfants. Elle parsème sa maison de nombreuses pierres de couleurs et de formes différentes, s’éclaire la plus part du temps à la bougie, et se chauffe au bois. L’eau de pluie sera bientôt récupérée dans un réservoir pour l’eau courante, les sanitaires et l’arrosage du potager.

Je m’y sentais assez bien.

Le week-end dernier, Dee me propose de partir deux jours sur Bonny Island chercher du fromage, et voir les baleines qui commencent à remonter le chenal d’Entrecastraux.

Nous réservons un bungalow dans un camping à Aventure Bay, vue sur la mer également. Une chambre donne sur la plage de sable, une autre est quasi aveugle. Dee me propose de prendre la petite chambre avec la vue, puisque je ne suis pas d’ici.

Le lendemain, au petit déjeuner, nous discutons de la nuit passée. Visiblement Dee n’a pas bien dormi.

"Quelqu’un est venu me réveiller cette nuit." Je pense avoir mal compris cette conversation en anglais, et lui demande de me re-préciser la dernière phrase. Effectivement, au moment même où elle commençait à s’endormir, elle a senti une présence, et a aperçu une femme en travers de la porte de sa chambre, un peu comme un enfant qui n’arrive pas à s’endormir et qui se serait levé. Elle était vêtue d’une robe claire, était assez jeune et l’observait.

Je me souviens aussi m’être réveillée sans raison, alors que je m’étais endormie très tôt ce soir là. Mais plutôt animée de rêves agréables, dont je ne me souviens que le plaisir qu’ils me procuraient.

Elle aimerait se renseigner pour savoir qui a bien pu habiter ici avant la construction de ces petits bungalows.

Dee me précise que chez elle c’est pareil, elle sent une présence.

J’apprends ainsi que chaque petit cailloux qui parsème la maison, suivant son emplacement, sa couleur a également une action sur l’équilibre énergétique de sa maison et la protège de nombreuses ondes négatives.

Nous voyons trois baleines, achetons deux fromages, des raisins secs, prenons le ferry en rentrons à la maison.

Tout au long de la nuit des bruits fracassants , tels ceux des poubelles tirées dans les profondeurs d’une cour parisienne, m’empêchent de dormir et me font me lever plusieurs fois sans en trouver la cause.

Le lendemain matin je raconte à mon tour ma nuit à Dee.

Elle semble très embarrassée, et me précise que demain enfin, un ouvrier viendra re-fixer la tôle ondulée de l’appentis.

C.RANNOU