Balises numériques 32Ko
un projet de Catherine Rannou

production du Festival @rt Outsiders / Maison Européenne de la Photographie, Paris, 2009
en collaboration avec le Centre d'art contemporain Passerelle, Brest.

 
 

08/10/23-TU01H31 - CR - discussions aériennes

Vol Hong Kong Sydney

Fragments d’une conversation avec une scientifique qui va pour la 5ème fois à DDU, qui n’a pas l’expérience d’autres bases en Antarctique, et qui se confie à la fois parce que je suis une femme et une architecte :

« Il manque une petit espace collectif féminin uniquement, où il est possible tranquillement de s’épiler, de se faire un henné sans être au regard de tous. »

« C’est pesant de ne pouvoir s’occuper de soi, et dans les chambres il n’y a pas d’eau ni de glaces, il y a déjà des questions d’acoustique puisque les bâtiments sont anciens et l’on entends le souffle de son voisin, et chaque page tournée d’un livre. »

« C’est important qu’il y ait des femmes dans les bases mais pas en minorité, à partir d’un certain nombre il ne vaut mieux pas. Des hivernants, et chercheurs qui travaillent sur ces questions, me précisaient qu’en général les femmes cherchent dès le départ de l’hivernage un homme qui leur sert, même si c’est inconscient, de protecteur. On retourne à des archaïsmes primitifs. En étant en minorité il est difficile de dire si la femme choisit réellement son ou ses partenaires, de même que pour les hommes d’ailleurs »

Précisions : à DDU il y a à titre d’exemple pour l’étage du bâtiment dortoir dit le « 42 » une salle de bain comprenant une douche, 5 lavabos + 5 petites glaces, 2 WC indépendants et urinoirs, les 25 chambres sont pour deux personnes pendant l’été, puis chaque hivernant a sa chambre individuelle pendant l’hiver.

La douche unique pour plus de 35 personnes, avec pour consigne d’économiser l’eau, marche assez bien (eau provenant de la mer et dessalinisée, et acheminée dans des double tuyaux qui maintiennent l'eau à l'état liquide, grâce à une saumur tiède provenant de la désalinisation), chacun s’organise. Ce n’est pas le manque d’équipements qui pose question mais le manque d’espaces cloisonnés et séparés du regard des autres.

Concernant les couples qui se forment lors des hivernages, certains chercheurs les appellent les « couples célibataires ».

Prendre soin de son corps, comme le propose cette scientifique, est à mon sens un point très important pour la stabilité psychologique de chacun, où le climat est destructeur, le soleil, l'été, très dangereux pour la peau, et les douceurs physiques, caresses et preuves d'affection quotidiennes plus compliquées, plus secrètes, qu'en temps normal. Ici, de plus, les familles sont inexistantes, c'est un monde d'adultes où des jeux de rôles peuvent se mettre en place petit à petit d'une façon artificielle.

C.RANNOU