Balises numériques 32Ko
un projet de Catherine Rannou

production du Festival @rt Outsiders / Maison Européenne de la Photographie, Paris, 2009
en collaboration avec le Centre d'art contemporain Passerelle, Brest.

 
 

09/01/18-TU10H35 - AB - architectes et usagers

Annotation sur le prélèvement: intimités féminines polaires

Anton Sémionovich Makarenko, figure de la pédagogie russe, alors qu'il était en charge, dans la première moitié du XXe siècle, de l'éducation et de la resocialisation d'un groupe de jeunes gens, plutôt délinquants, écrivait (j'ai perdu les références exactes de l'ouvrage que j'ai lu il y a fort longtemps) que pour constuire une communauté, il fallait d'abord commencer par les latrines.

Plus récemment, à la fin du XXe siècle, la construction de WC fermés (de type "cabane au fond du jardin), dans des zones défavorisées de pays qui le sont tout autant, a permis une réduction des violences sexuelles subies par les femmes.

Si l'on peut comprendre que dans une station spatiale, on ne peut pas sortir, même pour tourner le dos aux vents catabatiques, et que l'apesanteur entraîne des contraintes spécifiques, ce qui fait la différence d'avec un sous-marin dont on ne peut guère sortir non plus, en revanche, on croit qu'en Antarctique, au moins sur les bases, ce doit être sinon plus facile, du moins, moins compliqué.

Cet exemple, apparemment trivial, des WC, est symptômatique. Cette incohérence pratique, et les difficultés afférentes, ne me semble pas relever uniquement d'un manque d'architecte dans la conception des stations. La population, largement masculine jusqu'à présent est un des facteurs, effectivement ; mais aussi l'héritage d'une certaine culture de "l'héroïsme expéditionnaire". Dans "Gender on Ice", Lisa Bloom montre le lien entre nationalisme, colonialisme, et réaffirmation d'une masculinité qui passe par les conditions difficiles, rudes, de la vie dans l'environnement extrême de l'Arctique (son étude porte sur les premières expéditions, essentiellement américaines).
Le "confort" est presque synonyme de faiblesse, et l'Antarctique, un des derniers endroits de "l'Aventure expéditionnaire".

D'une manière plus générale, dans ce type d'environnements (c'est vrai aussi pour l'espace), la parole de l'usager est rarement écoutée. La culture de "l'héroisme expéditionnaire" se double ici d'une "culture de la recherche et de l'ingénieur" où l'humain devient un "servant" des instruments et des expériences et un "mal nécessaire" car tout ne peut être automatisé. Les premiers astronautes durent batailler ferme pour obtenir un hublot aux capsules spatiales.

Dans ces environnements, qui restent dangereux, peut-on abandonner, ne serait-ce qu'un peu, l'imaginaire expéditionnaire pour ouvrir à celui d'une société, même limitée, même temporaire ?

Sur Mars, comme en Antarctique, il serait sans doute bon d'écouter plus les "usagers", autrement que par le biais de batteries de tests, et de faire appel à unE architecte.

a.bureaud