Balises numériques 32Ko
un projet de Catherine Rannou

production du Festival @rt Outsiders / Maison Européenne de la Photographie, Paris, 2009
en collaboration avec le Centre d'art contemporain Passerelle, Brest.

 
 

09/01/01-TU15H21 - AB - aller en Antarctique ?

De nombreuses personnes me demandent si j'ai envie d'aller en Antarctique. Dans leur esprit, et dans leur formulation, la réponse ne fait aucun doute.
Pourtant, ce n'est pas si simple.

J'ai envie d'aller partout sur cette Terre, et même au-delà.
Pourtant, je n'ai pas "envie" d'aller en Antarctique.
J'ai appris qu'il fallait une "raison" pour aller quelque part. Et je n'ai pas de "raison" d'aller en Antarctique. Y aller pour quoi ? pour *faire* quoi ? Quel serait mon *projet* ? Voir des paysages extraordinnaires, sentir physiquement l'énormité du lieu, cela ne suffit pas. Pas plus en Antarctique que dans l'espace, être là pour y être n'est une raison valable. Je ne suis pas une exploratrice et de toute façon le temps de l'exploration est fini. Nous sommes dans un temps de l'anthropologisation de ces espaces, c'est-à-dire de la construction. On ne construit pas sur la simple "envie de voir".

Voir. Dans les activités spatiales, deux camps s'opposent : ceux qui sont pour des missions habitées et ceux qui sont pour les missions robotiques. Je pense qu'il faut les deux et que les premières sont indispensables. Au sein de cette opposition, se trouve aussi une discussion très profonde et plus large sur le "voir par procuration", ou "l'expérience par procuration" et la difficulté d'une perception par des instruments, ce sur quoi repose une très grande partie de la science contemporaine. Comment rendre cette science techno-instrumentale "intime" demande Roger Malina. Que voit-on à travers les "yeux" (= données) d'un robot, d'une sonde ?

Progressivement, je "vois" à travers les yeux de Catherine, presque comme si j'étais par dessus son épaule, posée sur son épaule. Catherine est humaine, comme moi, c'est certainement plus facile que de "voir" à travers les "yeux" d'un instrument. Quoique. Encore faut-il que le regard premier soit pertinent, que celui qui voit sache traduire ce qu'il voit et que celui qui regarde ce que l'autre a vu sache le décrypter à son tour.
Mais ce qui reste est cette sensation étrange "d'habiter le corps de l'autre", à distance, comme j'ai pu "habiter" le corps de robots dans des oeuvres de téléprésence comme RARA Avis d'Eduardo Kac.

Aller en Antarctique ? Quand j'aurai quelque chose à y faire, ... si, un jour, j'ai quelque chose à y faire.

a.bureaud