Balises numériques 32Ko
un projet de Catherine Rannou

production du Festival @rt Outsiders / Maison Européenne de la Photographie, Paris, 2009
en collaboration avec le Centre d'art contemporain Passerelle, Brest.

 
 

08/11/23-TU01H34 - CR - rêves

Je me souviens:

Bonnet Hill nuit du 25 au 26 octobre 2008

Je me trouve dans un appartement en face de ma propre maison au deuxième étage, où j’aperçois de la lumière à travers les rideaux oranges, il fait nuit, et je comprends que quelqu’un habite ma maison, et y est entré comme dans des chaussons. Mes enfants, mon compagnon sont totalement absents. Je suis seule face à cette intrusion, que je ne prends pas d’une façon violente. Au contraire je cherche comment je vais argumenter pour expliquer que c’est chez moi, et qu’il n’est pas normal que je sois seule dans un appartement en face, qu’ils ne m’aient pas contacté avant afin que nous cohabitions par exemple. J’aperçois de nombreux jeunes enfants qui sortent dans la cour, le point de vue sur ma maison est comme inversé, elle est en miroir de ce qu’elle est réellement, la rue dans laquelle je suis n’existe pas en réalité, c’est un mélange de ma maison réelle, et d’une maison de maître de deux étages du 19ème construite dans les zones industrielles du nord de la France, avec à sa gauche une cour surdimensionnée. Je sens à la fois une familiarité avec ces gens que je ne connais pas, visiblement assez nombreux, comme si je les comprenais, et en même temps une légère anomalie. Jamais je ne tente de frapper à la porte, d’ailleurs elle n’est pas visible, comme effacée de la façade. J’attends et cherche comment entrer en contact et comment argumenter. Pendant ce temps je reçois tout mon courrier, ainsi que la facture de livraison de fuel. C’est de nuit sur un parking de supermarché, que j’entends un jeune homme au téléphone parler de moi, et mentionner que je ne m’étais toujours pas manifestée, et que ça les arrangeait bien, qu’ils se trouvaient super bien là, que c’était formidable. C’est là que je décide d’entrer en contact avec lui, la trentaine, pas désagréable, et lui dis qui je suis. Il me répond qu’il m’avait reconnue. Je commençais mon argumentaire, et il me précise que ce n’est pas avec lui qu’il faut en parler, mais avec un autre qui est à la maison. Nous nous rendons donc à la maison, je ne reconnais pas les intérieurs, ce nouveau jeune homme est assis à une table, tel un notaire à son bureau et me lit des phrases venues de je ne sais où qui affirment que leur présence est légitime et que je dois signer un papier avec ces phrases, je lui demande d’où viennent ces phrases, que je ne signerai pas sans en connaître l’auteur, un peu autoritaire à mon goût. Peut il me donner ses sources, tout ceci sans aucune agressivité, calmement, en essayant de comprendre la situation cocasse dans laquelle je suis. Visiblement il perd ses moyens et ne sait quoi dire. En même temps je vois par la fenêtre sortir une ribambelle d’enfants avec des petits gilets de sauvetages, des femmes qui les suivent équipées de la même façon, comme le sont les vacanciers du mois d’aôut en bord de mer. Et c’est là que je réalise que ces gens là ne sont pas dans le besoin que je croyais imaginer, et qui peut être justifiait ma retenue, ils étaient là seulement pour les vacances. Réveil

Bonnet Hill nuit du 28 au 29 octobre 2008

Avec mes deux enfants nous sommes contraints d’aller vivre la semaine en ville, et de retrouver notre maison où nous habitions toute l’année à la campagne, seulement le week end. Nous arrivons dans un appartement vide sans meubles, et vivons là, en dormant sur le sol, sans lit sans tables, comme si nous campions, ce que nous avons l’habitude de faire assez souvent pendant les vacances. Chaque fin de week end retournons dans cet appart, et un matin en ouvrant la porte tombons sur le cadavre d’un homme inconnu en imperméable, couché face contre terre la tête en sang, déjà coagulé et couvert de mouches. Sans aucune réaction de notre part, nous continuons notre cohabitation, et contournons chaque jour le cadavre qui gêne un peu l’ouverture de la porte. Je me sens en même temps gênée par cette situation, mais suis visiblement acculée à la supporter, et n’ai pas d’autre solution. J’ai conscience que pour les enfants ce n’est pas sain, mais je ne peux réagir ni intervenir. Entrent en scène mes parents, de caractères plutôt violents et qui ont souvent mis mes enfants en risques. Ils nous rendent visite à l’appartement, ce qui dans la réalité est très rare, et finissent par intervenir et me convaincre que ce n’est pas possible de vivre de cette façon, et se proposent de faire le nécessaire pendant que nous retournons à la campagne. Cet appartement disparaît totalement de notre quotidien, nous retournons définitivement tous les trois dans la maison.

Bonnet Hill nuit du 02 au 03 novembre 2008

Arrivée en train, ambiance de gares de nuit, marche dans la ville à l’aube, carte postale de la ville qui s’éveille doucement, je marche au milieu de la rue, sans aucune voiture, quelques bus et camions poubelles, j’arrive sur une place triangulaire, je suis seule, et suis dans un plaisir immense de retrouver cette capitale où j’ai vécu plus de vingt ans, comme si je retrouvais d’un coup tous ses détails intimes, qui commençaient à me manquer, un plaisir immense d’être là au milieu des immeubles, aux fenêtres éclairées. Entourée. Une ellipse me transporte à l’intérieur d’un immeuble, où je traverse, un cabinet de chirurgie esthétique, où j’entends X francs pour cette opération, surprise que l’on y parle encore en francs, on ne me voit pas, je suis comme un fantôme, puis arrive dans un R.d.C de bâtiment dont je n ai pas souvenir de la façade, l’intérieur y est assez sombre, avec des ambiances de château fort, à peine restauré, brut de décoffrage, visiblement c’est ici que je vais habiter, j’y rejoins mon ami, mes enfants. Ils me font visiter essentiellement les extérieurs, il fait jour, plein soleil, un grand jardin, avec une sente qui descend jusqu’à la mer, où des pêcheurs à la crevette s’activent, j’aperçois des rochers couverts de fucus noir, et sur l’autre rive également, comme si la Seine, s’était transformée en bras de mer, et là je me dis autant habiter à nouveau à Paris. Une drôle de maison en construction à gauche tente de simuler une maison ancienne, on y aperçoit le béton sous les fausses pierres, elle est en chantier et habitée en même temps. Une petite voix me dis que ce n’est pas possible, que je suis en plein rêve, à ce moment je rentre à nouveau dans le R.d.C sombre, sans regarder en l’air ni voir la masse de la ville qui arrive jusqu’à ce champs, je retourne dans un trou noir, et là je me réveille.

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Après avoir décidé de noter ces trois rêves, les suivants sont devenus totalement invisibles.


C.RANNOU